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samedi 8 août 2015

Gnose: Sophia et Salomon.

Sophia, la déesse de la Sagesse, est au coeur des ouvrages Gnostiques qui datent du 4 ème siècle et qui ont été découverts à Nag Hammadi, dans la Haute-Egypte, en 1945. Elle apparaît également dans la littérature de Sagesse de l'Ancien Testament, appelée “livres sapientiaux”, et qui datent de la période du 4 ème au 1 er siècles avant l'Ere Commune. Bien que les livres sapientiaux soient antérieurs aux Codex de Nag Hammadi, le personnage divin de la Sagesse n'en est pas originaire. La Sophia Gnostique est une version de la Grande Déesse célébrée dans tout l'ancien monde, et pas exclusivement ou originellement dans la tradition Judaïque. Les sources Judaïques, cependant, présentent des notions essentielles pour la compréhension de la trame Gnostique.

Selon le livre apocryphe de la Sagesse de Salomon (9:8-11), Sophia instruisit le roi quant à la manière de construire le Temple de Jérusalem. En son honneur, il érigea, dans le sanctuaire intérieur, un arbre sacré, symbole de la déesse Canaanite Asteroth. A la suite des réformes du Roi Josiah (aux alentours de 650 av. EC), les scribes Juifs supprimèrent rigoureusement toute référence à Asteroth mais elle continua d'être considérée comme le consort de Yahvé dans la religion populaire et dans les groupes hérétiques Juifs proches du Gnosticisme. Dans la bataille doctrinale relative au Divin Féminin, la littérature de Sagesse joue un rôle essentiel en démontrant où se situaient les limites. La figure de Sophia ne pouvait pas être éliminée mais elle fut progressivement pervertie.

Dans le canon Biblique, la “Sagesse de Dieu” devint un vecteur d'expression didactique, morale et poétique et la déesse perdit son caractère autonome. Dans les Psaumes et les Proverbes, elle personnifie une métaphore pour la voix de la conscience qui se soumet aux diktats vertueux du Seigneur. Dans le Chant de Salomon, la Sagesse conserve le caractère de la prostituée sacrée et amante du roi qui le sanctifie avec la puissance du Divin Féminin. En termes moraux et sensuels, Sophia survit, mais à peine.

L'Ancien Testament conserve également quelques vestiges de la dimension planétaire de la déesse Sagesse. Proverbes 8 présente une arétologie par laquelle la déesse s'annonce à la première personne et loue ses propres attributs:

“L’Éternel m’a créée la première de ses oeuvres, avant ses oeuvres les plus anciennes.
J’ai été établie depuis l’éternité, dès le commencement, avant l’origine de la terre.” (8:22-23).

Le passage entier ne fait que neuf vers mais il révèle un élément essentiel du mythe de la Sophia Païenne: “avant l’origine de la terre”. Cette phrase prouve que la déesse Sagesse préexistait à la terre bien qu'elle lui soit identifiée, selon l'arétologie qui met en exergue ses attributs terrestres. Proverbes 8 laisse entendre que Sagesse est une divinité préexistante qui s'incarne dans la terre - une assertion qui sera complètement développée dans la narration Gnostique de la déesse déchue.
“L'Hymne à Sophia”, du livre non Biblique La Sagesse de Salomon (7:22-25), présente Sagesse dans Son aspect cosmologique sublime comme l'esprit demeurant en la planète et l'instructrice divine de l'humanité:

“Sagesse, qui créa toute chose, m'enseigna
Car il existe en Elle une puissance qui est intelligente et sacrée
Unique, diverse et sublime,
Mobile, claire et indéfinie,
Distincte, compassionnée, bienveillante et pertinente
Libre, bénéfique et généreuse,
Ferme, assurée, autonome
Influant tout et observant tout
Et pénétrant tous les êtres
Qui sont intelligents, purs et aussi subtiles qu'Elle,
Car Sagesse est plus mobile que tout mouvement
Et Elle imprègne et pénètre toute chose
Car Elle est l'exhalation incarnée de la puissance divine.”

Il est difficile de trouver une déclaration plus manifeste de la divinité de la terre dans tout autre passage de la tradition Judéo-Chrétienne, tradition qui est d'ailleurs foncièrement opposée à de telles affirmations. Les écrits religieux Juifs honorent la terre comme une oeuvre émanant de la puissance créatrice de Dieu le Père mais, suivant les prérogatives de Josiah, il était hérétique de conférer à la planète une nature sacrée intrinsèque. Le passage ci-dessus implique, cependant, que la terre est divine non pas parce qu'elle est l'artefact bien conçu du dieu créateur paternel, Yahvé, mais parce qu'elle est l'incarnation même de son consort écarté, Sophia. Cette distinction rappelle les prémisses de l'écologie profonde selon lesquelles la terre possède une valeur intrinsèque, indépendamment de son utilité pour l'humanité et (ajouterais-je même) indépendamment de la manière dont elle sert les croyances religieuses obsédées par l'omnipotence paternelle.